Homélie du 17 octobre 2021

Tu ne me dois rien

Marc 10, 35-45

Voilà plusieurs semaines que Jésus nous invite à être petits, à ressembler à des enfants : aujourd’hui, dans ce passage d’évangile, il faudrait que nous soyons des serviteurs et même des esclaves… pas très enthousiasmant !

Nous cherchons plutôt, en effet, à prendre notre place, à être reconnus dans la société, à sortir de l’anonymat, nous faisons tout pour que nos capacités soient mises en valeur… Comme Jacques et Jean qui sollicitent les premières places, nous aimerions nous imposer, quitte à empiéter un peu sur les autres… Comme nous ne comptons guère aux yeux de beaucoup, quoi de plus légitime que de chercher à exister pleinement ?

Mais il serait bien étonnant que Jésus veuille faire de nous des êtres insignifiants ! En vérité, il nous invite à réfléchir sur la manière dont nous vivons de l’amour et cela nous bouscule ! Sans doute qu’il n’existe pas d’amour totalement gratuit : quand nous donnons notre affection, nous espérons toujours une certaine réciprocité. Cependant, Jésus voudrait que nous donnions sans attendre de retour. C’est le cas du serviteur à qui il est demandé de faire tout bonnement son travail, comme un simple devoir à accomplir. Mais le serviteur lui-même est en droit d’exiger au minimum un salaire en contrepartie de ce qu’il fait pour son maitre, non ? Aussi Jésus va-t-il encore plus loin en nous demandant d’être des esclaves puisque ces derniers ne peuvent rien exiger.

Est-ce vraiment scandaleux ? Après tout, n’est-ce pas ce que vous vivez avec vos enfants la plupart du temps ? Vous les aimez comme ils sont, en acceptant qu’il puisse n’y avoir aucun retour. Ce que vous faites pour eux, avant tout, ce n’est pas parce que vous en attendez une reconnaissance, même si cette dernière est la bienvenue. Ce n’est pas différent avec votre conjoint : vous ne l’aimez pas pour en être aimé mais parce qu’il est important à vos yeux et que vous êtes profondément attaché à lui. Quand il est surtout habité par l’attente d’une contrepartie escomptée, l’amour n’est plus aussi vrai ni véritable.

Certes, la perfection n’est atteinte que dans des moments privilégiés, rarement donc, et elle demande toujours à être réactivée. Cependant Jésus nous invite à poursuivre dans cette direction et même à élargir ce type de relations à ceux dont nous pouvons nous rendre proches.

Dans le Notre Père, nous faisons cette prière : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes les remettons à ceux qui sont en dette envers nous » (si du moins nous choisissons une traduction la plus proche de l’original…). Cela signifie qu’il faut aller jusqu’à reconnaître que personne ne nous doit rien quand il s’agit du don d’amour. Dieu n’a aucune dette envers nous et nos prières ne sont pas faites pour exiger de lui qu’il se conforme à nos demandes comme si cela était un dû. Nous nous tournons vers lui pour le remercier de son amour, lui confier nos faiblesses et parce que nous sommes persuadés qu’il fait déjà tout ce qui est possible pour nous venir en aide. Nous n’avons rien à exiger de lui et il ne nous doit rien. Un amour basé sur la confiance que nous sommes aimés n’a même pas besoin de demander.

Il en est de même avec ceux que nous aimons : personne n’a besoin de nous verser une contrepartie en échange de notre amour. Ce que nous faisons pour eux dans ce domaine, nous ne le faisons pas dans l’attente d’un retour sur investissement. C’est notre choix, notre moyen de grandir, de dépasser nos limites. Certes tout le monde a soif d’être aimé mais qui se satisferait pleinement de recevoir un amour égoïste ? Nous nous laissons aller parfois à lancer un : « Après tout ce que j’ai fait pour toi ! », il vaudrait mieux oser dire : « Je n’ai fait que mon devoir » ou mieux encore : « Je t’aime tout simplement ».