Homélie du 25 octobre 2020 - Père Christian Alexandre

Se faire proche

Jésus reprend une tradition qui associe « Tu aimeras Dieu… »  et «  tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Selon lui, les deux commandements vont ensemble : il est impensable d’aimer Dieu sans aimer son prochain et réciproquement : celui qui aime son prochain, même s'il est athée et pense que Dieu n'existe pas, pour nous chrétiens, il aime Dieu, il vit de Dieu, il vit de la vie de Dieu. C'est même valable pour les homosexuels si l’on en croit le pape François qui reconnaît que leur amour leur donne le droit à la sécurité d’une union civile. Ils vivent aussi de Dieu quand ils s’aiment.

Certes, l’amour de Dieu ne se confond pas avec l’amour du frère mais il est important, pour nous chrétiens, que les deux démarches se croisent en permanence et ne se séparent que pour mieux se retrouver. Notre foi unifie notre vie autour de cet amour à deux faces.

Reste la question qui, à la suite, a été posée à Jésus : « Qui est mon prochain ? ». Il y a répondu par la parabole bien connue du bon Samaritain sur laquelle le pape François médite longuement dans le deuxième chapitre de « Fratelli tutti », que vous avez peut-être commencé à lire… Jésus donne en exemple non pas un Juif bien sous tous rapports mais un Samaritain, un étranger, un hérétique, quelqu'un qui est en voyage et qui aurait toutes les raisons d’ignorer un Juif victime d’une agression. « Samaritain », en effet, est une insulte chez les Juifs et on a d’ailleurs traité Jésus de « Samaritain » un peu comme certains traitent François de « communiste », histoire de discréditer ses propos.

Cependant, c’est bien lui, le Samaritain, qui s'arrête et prend en charge l’homme blessé au bord de la route. Du fait de ses différences, il aurait pu estimer ne rien devoir à l’homme agressé. En le prenant en exemple, Jésus nous signifie que le prochain qu’il nous invite à aimer n'est pas obligatoirement celui qui est le plus proche. Le chrétien ne peut pas se contenter de dire : « J'aime ma famille, mes enfants, mon conjoint, j'ai quelques amis, c'est tout et cela me suffit… ». Le prochain n'est pas celui qui est à côté de moi, qui me ressemble : ce serait trop facile… Aimer ceux qui vous aiment, nous dit Jésus, même les païens en font autant et il appelle ses disciples à en faire plus. C’est ce que confirme la lecture qu’en donne le pape : le prochain est celui dont je me fais proche dans un effort de dépassement du cercle de mes intimes. François renverse complètement la question : non pas « Qui m’est proche ? » mais « De qui est-ce que je me fais proche ? De qui me faire le prochain ? ».

Oui bien sûr, aimer ses proches, sa famille, ses amis est une bonne base ! Mais Jésus nous invite à aller au-delà en nous demandant qui, autour de nous, a besoin de notre attention quand bien même il serait étranger… Le Samaritain, bien que différent, est plein de compassion pour celui qui est à terre. Il va vers lui, le soigne et le confie à un plus compétent que lui lorsqu’il doit s’éloigner pour poursuivre ses occupations. La question rejaillit sur nous : « De qui dois-je me faire proche ? » De ceux que j'aime certes, mais qu’en est-il des autres ? Quel est le coup de téléphone à donner, le sms à envoyer, le pardon à accorder, le soutien à apporter, la démarche à faire, le don, le geste de solidarité… ? Le virus qui nous éloigne les uns des autres nous oblige à être inventifs à ceux qui sont au bord de la route, blessés par la vie et qui nous appellent, parfois en silence…