Homélie du 4 avril 2021

Pâques 2021 Marc (16, 1-17) Marie-Madeleine et Marie, mère de Jacques et Salomé, viennent voir un mort, lui rendre un dernier hommage. Elles sont là pour l'embaumer à la manière des juifs, bien loin de s'attendre à le voir vivant. Tout est fini, l'épisode Jésus est terminé, elles sont déchirées et sans espoir… Leur préoccupation : qui nous roulera la pierre du tombeau, trop lourde pour être manœuvrée par deux femmes ? Or la pierre est roulée et le tombeau vide. Elles venaient voir un mort et il n'y a plus personne, juste un jeune homme vêtu de blanc qui leur dit : « il ne faut pas chercher parmi les morts celui qui est vivant ». Faire l’expérience du vide est un premier choc pour elles, comme pour nous. Le vide de nos vies peut aider à sortir de nos évidences devant la mort. Des questions surgissent : « qu'est-ce que je fais sur terre, qu'est-ce qui est important, quel sens prend ma vie, pourquoi je suis là ? » L’expérience du vide entraîne un premier bouleversement, plutôt positif si on n’en reste pas là. Face au vide, c'est ce choc qu’éprouvent ces femmes : et si l’impossible s’était réalisé, si celui que l'on croyait mort était vivant ? Elles vont dire à Pierre ce à quoi elles n’osent pas croire : comment dépasser l’évidence de la mort. Pierre prend leurs déclarations pour des racontars de bonnes femmes tout en décidant d’y aller, accompagné du disciple que Jésus aimait. Mais il n'y a rien à voir dans un tombeau vide : juste un suaire rangé et le linge qui recouvrait la figure du Christ plié à part. Cependant, si Pierre reste dubitatif, l’autre disciple se met à croire : même affronté à l’évidence de la mort, le vide du tombeau et les linges pliés suffisent à lui faire reprendre espoir. Tous les disciples vont passer par cette phase d’aveuglement devant ce qui est impossible à croire raisonnablement. Marie-Madeleine prend Jésus pour le jardinier mais, il est vrai, comment reconnaître Jésus derrière le jardinier ? Comment, sur la route d'Emmaüs, voir que c’est Jésus qui vient à notre rencontre, qui marche avec nous sur nos chemins, tant qu’il n’a pas rompu le pain ? Comment ne pas vouloir toucher, comme Thomas ? Le Christ vient à notre rencontre mais nous avons bien besoin du disciple qui dit : « C’est le Seigneur ! » pour voir Jésus dans cet homme qui marche sur le rivage et qui leur permet de faire une grosse pêche. Nous avons tous besoin d’un déclic pour que le Ressuscité transperce le quotidien de nos vies, pour enlever la pierre qui nous empêche de voir au-delà des tombeaux. Or voici que la pierre est déjà roulée : on n’enferme pas facilement le Ressuscité, il fait exploser la vie, impossible de le confiner, il sort à notre rencontre. Et pourtant, il reste des pierres qui ferment nos tombeaux et nous empêchent de croire. Comment dépasser nos logiques qui nous obligent à rester dans les évidences premières ? Qui enlèvera la pierre ? Avons-nous envie de la faire sauter ou bien nous satisfaisons-nous de notre petite vie ? Aimons-nous autant vivre au présent mais un présent sans espérance, rabougri, qui nous suffit même si c’est au prix de la perte de nos relations, en préservant notre santé, en nous disant que peut-être tout cela devrait finir un jour ? Pour reconnaître le Christ ressuscité, il faut souhaiter une existence différente, qui nous bouleverse, qui nous fasse bouger, qui nous sorte de nos routines. Beaucoup n’ont pas envie de chercher plus loin, ils ressemblent à ces maisons où est écrit sur le fronton : « ça m’suffit ». Croire au Christ ressuscité revient à dire : « cela ne me suffit pas, ce genre de vie ne me suffit pas ». « Si je sais que je vais mourir, je ne veux pas me contenter d'une petite vie en attendant la mort, j'ai envie d'autre chose, de plus ». Sans cette envie de plus, on aura beau dire : « Christ est ressuscité, alléluia », cela n’aura aucun écho chez ceux qui n’ont pas envie de faire exploser la vie, de dépasser toutes les limites. Est-ce que j'ai envie d’un jour ressusciter comme Jésus et avec lui, de ressusciter chaque jour ?